Par Frédéric Maillard Le 6 juin 2013 Catégorie d'articles: Activités, Police, Revue de presse

Nombre de policiers exercent une fonction qui n’est pas celle qu’ils s’imaginaient. Ils se sont inscrits pour «bouffer du bitume»: c’est pour cela qu’ils ont franchi les tests éliminatoires et se sont entraînés physiquement et techniquement. Or, problème, les criminalités ont muté et leurs commanditaires n’arpentent pas les rues. Ils se cachent.

C’est pourquoi je propose d’inverser les intentions politiques actuelles qui prévoient d’unifier et de centraliser les parcours de formation des tout jeunes – et malléables – aspirants. Je préconise l’élargissement des critères d’admission, la création de plusieurs voies de recrutement, la mise en place de perfectionnements continus, variés et surtout de deux filières de formation de base. Une telle multiplicité ne devrait pas nous poser problème. Notre pays a de l’expérience en matière de fédéralisme, de cohabitation des langues, des confessions, des cultures et des apprentissages.

Mis à part notre police fédérale, chargée de coordonner la lutte contre les grandes criminalités, nous comptons, pour l’heure, presque autant de polices que de cantons, d’ententes intercommunales et de villes. C’est une bonne chose, même si nous devons encore intensifier les coopérations. Toutes ces entités invitent naturellement à entrevoir plusieurs types de formation. En plus, leurs différences sont utiles pour deux raisons.

D’une part, la saine concurrence que se livrent toutes ces polices freine l’ardeur éblouissante, mais dangereuse, d’une caste policière versée dans la chorégraphie militaire. Cette frange encasernée a tendance à prendre l’état de paix pour celui de la guerre. La paix est une construction qui fait appel à la responsabilité, à la liberté des individus et surtout à une extrême patience. La paix se nourrit de dispositifs ouverts, transparents, transversaux et préventifs.

D’ailleurs, la grande majorité des prestations de police échappent à la dégénérescence du conflit armé. On ne peut donc réduire l’action policière à la tactique de combat; ce serait négliger l’importance croissante des criminalités qui se propagent dans les bureaux feutrés et empruntent les circuits informatisés, à l’abri de tout regard. La méthode guerrière est une impasse pour l’avenir de la police et surtout pour ses agents qui, en déploiement risqué, seront peu à peu, et fort heureusement, remplacés par de la robotique.

Par ailleurs, diversifier les formations permettrait d’élargir le bassin des compétences requises et de pallier le déficit du recrutement. Ce dont se plaignent justement certains états-majors et certains syndicats.

De nos jours, qu’un commandant d’école étouffe l’esprit d’initiative de ses apprenants dans des avalanches d’ordres de service et de parades moyenâgeuses, ou qu’un chef de corps se fige devant des statistiques, ils se verront aussitôt mis en confrontation avec d’autres visions politiques, d’autres dirigeants, issus d’autres milieux professionnels, d’autres corps de police, d’autres régions, d’autres cantons. De tels échanges critiques renforcent l’employabilité professionnelle – promue dans toutes les administrations publiques – et donnent la possibilité au policier peu à l’aise au sein d’une corporation d’en rejoindre une autre.

A la fin, nous bénéficions d’une pluridisciplinarité policière à même de réjouir tout biologiste qui sait pertinemment que la nature doit sa survie et ses capacités d’adaptation et de défense à la diversité de ses organismes.

Mais, pour réformer les dispositifs de formation, il nous faut distinguer les impératifs de sécurité publique de ceux liés aux tâches d’une police évolutive. En effet, courir le crime nécessite des moyens physiques. Ce que peut offrir une école professionnelle. Les diplômés obtiendront alors une carte d’agent de sécurité publique d’Etat. Il est vrai que pour produire une tactique de rue, soutenir un assaut armé et, le cas échéant, user d’armes lourdes, ces agents doivent pouvoir disposer des meilleurs équipements et des meilleures technologies possible.

Pour enquêter jusqu’aux sources des maux des trafics de toutes espèces, remonter les filières mafieuses, déjouer leurs ramifications, il faut savoir appréhender les nouvelles formes de criminalité actives dans les domaines financier, numérique et génétique –, et Dieu sait s’il y a urgence à combler les retards – analyser, dresser des rapports, comparer et archiver. Ces candidats, quant à eux, passeront des tests de connaissances générales en sciences sociales et économiques. Ils obtiendront une carte d’agent de police d’Etat. Pour eux, il ne sera pas nécessaire de fréquenter, des centaines d’heures durant, les salles de musculation.

Une première voie pour celles et ceux qui veulent s’extraire de leurs postes, se rendre visibles et rassurer la population; et une deuxième voie, accueillant des profils variés, tous âges confondus, y compris des personnes avec un handicap physique, pour déjouer les complots cachés du crime.


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